AVANT-PREMIÈRE : CHAMPIONNATS DU MONDE DE ZURICH, COURSE SUR ROUTE

Par Zach Nehr


La saison cycliste 2024 touche à sa fin et Tadej Pogačar compte déjà 19 victoires à son actif. Le coureur de l'équipe UAE Team Emirates a réalisé le doublé Giro-Tour et remporté 12 étapes de Grands Tours. Il a également remporté en solitaire Liège-Bastogne-Liège, les Strade Bianche et le Grand Prix Cycliste de Montréal. Il n'a cependant pas encore remporté de Championnat du monde Élite.


Dimanche, les meilleurs coureurs du monde s'affronteront pour la victoire aux couleurs arc-en-ciel à Zurich. Les Championnats du monde sur route sont l'une des victoires les plus convoitées du cyclisme, et après sa troisième place à Glasgow l'an dernier, Tadej vise la plus haute marche du podium à Zurich.

LA ROUTE


Les hommes élites effectueront huit tours d'un circuit vallonné autour de Zurich, avec une entrée en montagne en périphérie. Au total, la course sur route s'étend sur 273,9 kilomètres et 4 291 mètres de dénivelé positif. Il s'agit de la plus longue course sur route des Championnats du monde depuis plus de dix ans, et le vainqueur mettra plus de six heures à la terminer.


Malgré un dénivelé important, le parcours de Zurich ne comporte aucun col majeur. En effet, chaque montée importante du parcours mesure entre 500 mètres et 1,9 km. Les vitesses seront donc élevées tout au long de la course, et des coureurs comme Pogačar pourront conserver leur configuration de course aérodynamique.


Pogačar et l'équipe UAE Team Emirates utilisent des roues ENVE lors de chaque course, entraînement et stage d'équipe tout au long de l'année. La SES 4.5 s'est imposée comme la référence de l'équipe avec des profondeurs de jante de 50 mm à l'avant et 56 mm à l'arrière. Ces roues tubeless offrent un équilibre parfait entre aérodynamisme et légèreté. Côté pneus, une largeur de 30 mm a fait ses preuves lors du Tour de France grâce à une maniabilité et une efficacité de roulement supérieures. Tadej devrait donc poursuivre sur sa lancée.


Il y a deux ascensions importantes sur les circuits urbains de Zurich : la Zürichbergstraße et le Witikon. La course se jouera sur ces ascensions, alors examinons-les de plus près.

Ascension clé n°1 – Zürichbergstraße


Après avoir franchi la ligne de départ/arrivée, le peloton gravira la Zürichbergstraße, une montée non classée selon le profil officiel de la course. Mais ne vous laissez pas tromper par ce simple obstacle.


La Zürichbergstraße s'étend sur 1,7 km avec une pente moyenne de 5,4 %, mais ses 900 derniers mètres affichent une moyenne de 7,7 %, avec une pente maximale de 14 %. La forte pente intervient également après un virage serré à gauche, ce qui en fait un point de départ idéal pour un cycliste bien placé.

À allure de course, la Zürichbergstraße prendra 3 à 4 minutes, la montée finale durant environ deux minutes. Souvenez-vous du Giro d'Italie de mai, et vous vous souviendrez de Pogačar attaquant dès la première étape sur le Bivio di San Vito. Durant cet effort de trois minutes et demie, Pogačar a atteint environ 2 260 Vm/h, l'une de ses performances les plus explosives. Nous estimons que Pogačar peut maintenir le même rythme en pleine course sur la Zürichbergstraße.


Il existe de nombreuses façons de mesurer les performances en escalade, mais ici, nous utiliserons la VAM pour comparer et contraster les efforts estimés de Pogačar. La VAM est l'acronyme de l'expression italienne « velocità ascensionale media », mais elle est familièrement traduite en anglais par « dénivelé positif en mètres ». Autrement dit, la VAM est une estimation du nombre de mètres de dénivelé positif gravi par heure.


On peut comparer la VAM à la vitesse, mais verticalement. Au lieu de se déplacer horizontalement à 20 km/h ou mph, on monte à une VAM de 500 mètres verticaux par heure, par exemple. La VAM est fortement influencée par la longueur et la pente d'une montée donnée ; il est plus facile d'obtenir une VAM plus élevée sur des montées plus courtes et plus raides, par exemple.


Une VAM exceptionnelle est supérieure à 1 500 Vm/h dans une montée donnée, tandis que la plupart des cyclistes amateurs se situent autour de 300 à 600 Vm/h. Une VAM de classe mondiale est supérieure à 1 800 Vm/h, surtout dans les montées longues, par temps chaud et en haute altitude.


Zürichbergstrasse

Durée estimée : environ 3h30

VAM estimée : ~2 300 Vm/h

Ascension clé n°2 – Witikon


Après une descente rapide de 1,4 km, le parcours remonte directement la montée du Witikon. Il s'agit de la plus longue montée des circuits urbains zurichois, ce qui pourrait bien être le moment décisif pour le champion du monde.


Avec ses 1,9 km et sa pente moyenne de 6,2 %, le Witikon n'est pas la montée la plus raide ni la plus difficile du monde, mais on pourrait certainement le ressentir après six heures de course. Le Witikon est également une montée en deux parties avec un virage à 180 degrés au milieu, là où la route s'aplatit. Cela signifie qu'un coureur (ou une équipe) pourrait attaquer dans la première section, prendre de la vitesse sur le plat, puis profiter de ce moment pour attaquer à nouveau dans la deuxième partie de la montée.

Bien que de profil différent, la Zürichbergstraße et la montée de Witikon devraient toutes deux prendre 3 à 4 minutes aux meilleurs coureurs du monde. Avec une bonne avance, les coureurs ressentiront à peine les 400 premiers mètres de Witikon, mais tout s'accélérera dès la deuxième portion.


Witikon est similaire à La Redoute, l'ascension décisive de Liège-Bastogne-Liège cette année, où Pogačar a attaqué et s'est imposé en solitaire. La Redoute fait 1,6 km avec une pente moyenne de 9,7 %, elle est donc un peu plus courte et nettement plus raide que Witikon. Mais les deux ascensions nécessitent un effort de 4 minutes de VO2 Max, après plus de 220 kilomètres et cinq heures et demie de course. Pogačar a atteint une moyenne de près de 2 200 Vm/h sur La Redoute, et nous pourrions voir des chiffres encore plus élevés aux Championnats du monde.

Witikon

Durée estimée : ~3:40

VAM estimée : ~2 300 Vm/h


Le parcours des Championnats du monde ne s'arrête cependant pas au sommet du Witikon, car il reste encore 20,5 km à parcourir après la montée. Point crucial : pas de descente rapide après Witikon ; une dizaine de kilomètres de collines vallonnées avant une descente raide vers le centre-ville. Si la Zürichbergstraße et Witikon constituent d'excellents points de départ, elles ne sont pas assez longues pour permettre aux grimpeurs purs de prendre un avantage significatif. Ceux qui attaqueront en solo sur Witikon auront encore un long chemin à parcourir jusqu'à la ligne d'arrivée.

LES CANDIDATS


Tadej Pogačar n'est pas le grand favori des Championnats du monde de Zurich. Remco Evenepoel vient de remporter les Championnats du monde de contre-la-montre, et il y a peu, le Belge a doublé la mise en remportant la course en ligne et le contre-la-montre aux Jeux olympiques de Paris.


Le champion du monde en titre de la course sur route est Mathieu Van der Poel, qui a également remporté le Tour des Flandres et Paris-Roubaix plus tôt cette année. Lorsqu'il est en pleine forme, le Néerlandais est imbattable. Mais après sa récente deuxième place au Tour de Luxembourg, est-il vraiment au meilleur de sa forme ?


Parmi les autres favoris, on retrouve Michael Matthews, qui vient de remporter le Grand Prix Cycliste de Québec, et Julian Alaphilippe, qui a remporté les Championnats du monde de course sur route sur un parcours similaire à Imola en 2020.


Le dernier nom à mentionner est celui de Marc Hirschi, coéquipier de Pogačar chez UAE Team Emirates, qui a remporté six courses ces deux derniers mois. Hirschi sera plus motivé que jamais pour les Championnats du monde à domicile, en Suisse, et il est clairement en pleine forme.


Au final, le maillot arc-en-ciel reviendra à un coureur méritant à Zurich. On ne remporte pas une course de 273 km avec plus de 4 200 mètres de dénivelé positif par hasard. Pogačar et Evenepoel sont peut-être les favoris, mais au moins 20 autres coureurs sont largement capables de remporter cette course.


Compte tenu du parcours et de la liste de départ, ces Championnats du monde sur route pourraient bien être les plus difficiles de l'histoire du cyclisme. C'est ce qu'on pouvait lire après la course de Glasgow l'an dernier, et ce parcours à Zurich présente encore plus de dénivelé.