À la poursuite des arc-en-ciel
Texte : Jamie Wilkins
Photos : Sportograf Images
Le Championnat du monde UCI Gran Fondo est présenté comme le sommet de la compétition amateur et, comme nous l'avons découvert lorsque nous y avons couru en août, à Albi, en France, il ne déçoit pas. Il a une gravité qui va au-delà de sa simple ampleur — 3 000 coureurs venus de 56 pays — et découle de la fierté que ressent chaque athlète en enfilant son maillot national. Alors que j'enfilais ma tenue Team GB le matin de la course sur route, les poils se sont dressés sur ma nuque et je jure que je me suis senti pousser d'un centimètre.
Anciennement connu sous le nom de World Cycling Tour Final, puis de Masters World Champs, cet événement n'est pas une résurrection des anciens Championnats du monde amateurs, avec des équipes sélectionnées par un sélectionneur national comme pour la version pro. Les coureurs obtiennent leur qualification en terminant dans les 25 % meilleurs de leur groupe d'âge lors d'une des épreuves de l'UCI Gran Fondo World Series. Les pros évoluant sur des équipes Continental et au-dessus ne sont pas éligibles, mais les détenteurs de licence élite et les pros retraités peuvent librement s'inscrire.
« C'est une sensation incroyable de voir tous les maillots nationaux au départ, un rappel que ce n'est pas un gran fondo ordinaire »
La course sur route fait 156 km pour les hommes avec 1 700 m de dénivelé, 96 km pour les femmes et les seniors, et chaque groupe d'âge part à des intervalles de sept minutes à l'ombre de l'imposante et emblématique cathédrale du XIIIe siècle d'Albi, en plein centre-ville. Mon peloton des 35-39 ans compte 178 coureurs, presque la taille du Tour de France. C'est une sensation incroyable de voir tous les maillots nationaux au départ, un rappel que ce n'est pas un gran fondo ordinaire.
Le départ est neutralisé jusqu'à ce que nous soyons sortis de la ville, mais les nerfs sont quand même palpables, et il faut 32 km pour que la course se stabilise suffisamment pour ne plus occuper toute la largeur de la route, juste à temps pour que je me repositionne à l'avant avant la première côte courte et sèche. Ayant effectué une reconnaissance, je décide d'attaquer fort et vraiment en tête, à la fois pour m'assurer d'être du bon côté en cas de séparations et pour tâter le pouls du peloton. Quatre minutes d'effort intense plus tard, je regarde en arrière et vois le peloton étiré mais toujours bien groupé. Zut. Ça va être une dure journée.
La longue fausse plat rapide à travers la vallée voit quelques attaques, toutes rapidement neutralisées. Puis quatre coureurs s'échappent et, avec le peloton détendu, je décide de sauter pour les rejoindre avant qu'ils ne prennent trop d'avance. Ils roulent vite et la poursuite est difficile, mais je me sens bien et je prends contact juste avant la principale ascension, la Côte de Font Bonne sur six kilomètres. Je roule à ma puissance seuil juste pour rester avec eux quand, à environ un kilomètre, une nouvelle surprise m'attend. Le peloton principal a foncé dans l'ascension et a comblé notre écart de 40 secondes. J'ai maintenant brûlé deux allumettes pour rien et, tandis que nous continuons à marteler la montagne comme si la ligne d'arrivée se trouvait au sommet, je commence à penser davantage à survivre dans un groupe de tête en rétrécissement lent qui se situe à un niveau au-dessus de tout ce que j'ai jamais vécu.
Si la deuxième grande ascension est difficile, ce sont les petites piques qui font le plus de dégâts. Je suis content d'avoir parcouru tout le parcours en voiture, car il est plus difficile que le profil graphique ne le laissait supposer. J'avais envisagé de monter des roues SES 7.8, mais ça ne sert à rien d'être super aérodynamique dans le final si l'on s'est fait lâcher dans une côte raide 32 km plus tôt, donc je roule avec mes indispensables de course sur route, des tubulaires 4.5. Ils sont toujours très rapides mais ne pèsent que 1 300 g pour un rapport aérodynamisme/poids incroyable. Pas étonnant qu'ils soient aussi le choix par défaut de la Team Dimension Data. Ils m'aident à tenir dans la dernière ascension de cinq minutes et encore dans les vents de travers au sommet lorsque le groupe se met soudainement en file dans le caniveau.
« chaque bosse fait mal et me laisse suspendu près du fond, redoutant le moment où l'élastique va craquer »
Comparé aux 38 degrés des jours précédents, il fait doux, dans les 25 degrés, mais c'est quand même chaud pour un Anglais, et ma cinquième et dernière bouteille est presque vide quand je ressens les premières crampes après 128 km parcourus. Nous fonçons alors que le parcours redescend progressivement vers Albi, mais chaque bosse fait mal et me laisse suspendu près du fond, redoutant le moment où l'élastique va craquer.
L'arrivée se fait sur le circuit de course automobile d'Albi, donc elle est large et sécurisée, mais une chute au bruit horrible survient presque aussitôt que nous touchons son asphalte lisse. Je n'ai pas les jambes pour bien me positionner, mais je donne tout ce que je peux au sprint, gagne quelques places, puis manque de tomber en déclipsant au milieu d'une tempête de crampes violentes. Je ne me suis jamais senti aussi complètement brisé à la fin d'une course, résultat de m'être accroché à des coureurs bien supérieurs.
Plus tard, j'apprends que le coureur élite français Jean-Marc Maurin a gagné lors d'un sprint à deux contre un Portugais après que les deux ont attaqué à quelques kilomètres de l'arrivée. J'apprends également que la médaille de bronze a été décidée quelques secondes seulement devant moi et que j'ai terminé 21e, mais il n'y a pas la moindre déception. J'ai tout donné et je ressens seulement une profonde satisfaction.
En parallèle de la course de loisir en catégorie 2, j'ai la chance d'avoir participé à de nombreux grands événements, comme L'Étape du Tour, et les Championnats du monde Gran Fondo sont le summum, l'expérience ultime de course amateur. Ajoutez-le à votre liste, je vous suggère en tête.
L'événement de l'année prochaine
Les Championnats du monde Gran Fondo 2018 se tiendront à Varèse, en Italie. 2019 se déroulera à Poznań, en Pologne, et 2020 à Vancouver, au Canada. Les informations complètes sur la série sont disponibles en ligne : https://www.ucigranfondoworldseries.com/