Un monde au-delà des routes des Pyrénées

Texte : Jamie Wilkins Photos : Kitt Blackman

Un seul clic a tout changé. Un niveau de zoom supplémentaire sur la carte en ligne, et la folie du sentier s'est révélée. Dotée d'une résolution plus fine, ce qui n'était qu'une ennuyeuse ligne droite est devenu une série frénétique de virages en épingle, le sentier rebondissant à travers des courbes de niveau densément tassées à un rythme improbable. En 4 km, il grimpe 500 m avec pas moins de 31 lacets. Son nom est Col de Liar et il fallait absolument le parcourir.

Le gravel est la perle cachée des Pyrénées. Si elles sont à juste titre célèbres pour des ascensions à couper le souffle comme le Col du Tourmalet, l'Aspin et Hautacam, parmi bien d'autres, les routes non revêtues sont peut-être les meilleures de toutes. C'est comme une dimension parallèle, tout un monde qui existe de l'autre côté d'un miroir à deux faces fait d'arbres, d'herbe, de ruisseaux et de tout ce qui sépare les routes et ceux qui les parcourent de l'immersion dans l'environnement.

La haute vallée à l'ouest d'Argelès-Gazost a été parcourue des dizaines de fois par le peloton du Tour de France, et par des milliers d'amateurs en direction ou en provenance du Col du Soulor. Nous nous demandons cependant combien d'entre eux ont levé les yeux vers le nord et repéré le Col de Liar, quasi invisible si l'on ne sait pas qu'il est là, comme une vieille cicatrice. Ce passage secret ouvre sur un Narnia graveleux dans la Forêt d'Arragnat. Il existe d'autres accès, bien sûr, mais aucun n'est facile et le Liar, le plus difficile de tous, ressemble à un rite de passage.

Depuis Argelès-Gazost, une montée régulière de 25 minutes mène au petit village d'Arcizans-Dessus ; c'est la porte d'entrée vers le Liar et sa route en est le repoussoir. Elle grimpe rapidement à travers 10, 12, 15 %, se transformant en gravier meuble sur deux virages raides, nous incitant à faire demi-tour. Un dernier virage en S qui doit avoisiner les 35 % en son milieu est surmonté uniquement pour avoir vue sur l'épreuve finale, une ligne droite de 200 m à un solide 26 %. À court de lancer de rochers géants à la Indiana Jones, c'est aussi dissuasif qu'on puisse trouver. Si vous serrez les dents et continuez, le tribut physique s'assure qu'il n'y aura pas de combat équitable avec ce qui attend.

Quand le gravier commence, il est grossier, avec des rochers de la taille d'un poing n'offrant aucune clémence aux muscles hurlants ni aux cœurs battants. Il faut l'endurer un instant, car des surfaces plus fermes peuvent être trouvées sur une durée suffisante pour permettre une légère récupération. Sur un demi-kilomètre, le Col de Liar se réduit à seulement 12 % environ et l'effort semble plus soutenable, mais c'est une tromperie digne de son nom. Ça grimpe à nouveau à 22 %, cette fois sur du gravier meuble qui rend impossible de se mettre en danseuse. La pente s'adoucit à peine quand la surface alterne entre herbe et rochers, chacun offrant un répit de quelques secondes avant que sa propre saveur particulière d'agonie ne se fasse sentir.

Les virages en épingle les plus serrés sont aussi les plus rocailleux. L'élan est primordial et le choix de trajectoire est crucial. N'importe quelle pierre pourrait faire trébucher la roue avant ou faire patiner la roue arrière, vous immobilisant sur place. Prenez les virages larges et restez à l'extérieur des courts passages transversaux, où les parois effondrées du chemin taillé tapissent le sentier des pierres les plus instables. Cela semble très proche des limites de ce que même ce vélo gravel pourrait être censé accomplir.

Notre FiftyOne Steinès est un pur objet d'exception, fabriqué sur mesure en Irlande avec un jeu de tubes ENVE, équipé d'un groupe hydraulique Rotor Uno ultraléger et monté sur des roues ENVE G23. C'est un vélo de rêve ne pesant que 7,5 kg et qui grimpe comme un vélo de route haut de gamme. Bien qu'il soit peut-être plus que ce dont vous avez besoin pour profiter du gravel, la supériorité de la qualité de conduite est évidente et il avale avec délice les défis rugueux et vertigineux des Pyrénées. Mais cela ne veut pas dire que c'est facile.

Une autre section herbeuse renvoie la chaleur du soleil et à présent tellement de sueur coule dans notre bouche que c'est comme nager dans la mer. La pente est implacable et même un développement réduit de 34×30 finit par être mouliner à 50 tr/min malgré un gros effort. La traction est une denrée qui doit être conquise à chaque coup de pédale, le poids du corps étant un outil de négociation.

Le sommet apparaît, une demi-heure après le début de la souffrance, semblant proche et pourtant tellement plus haut qu'il faut encore trois lacets pour l'atteindre. Puis, avec une douzaine de coups de pédale supplémentaires, la crête est atteinte. On peut se tenir à un seul endroit et voir les deux vallées, ce que nous faisons, savourant le spectacle. La Fôret d'Arragnat s'étend au nord, dense, vert sombre et sans habitants ; au sud se trouvent les villages des Vallées d'Arrens et d'Estaing, agenouillés aux pieds des sommets enneigés qui s'étendent au-delà.

Le sentier est bien plus accueillant de l'autre côté – moins rugueux et pentu, plus fluide – offrant une descente rapide et agréable digne d'un vélo gravel. La confiance est primordiale à 55 km/h sur le gravier, et pouvoir utiliser des pressions de pneus optimales sans craindre les crevaisons par pincement ou d'endommager une jante est essentiel. Que le jeu de roues G23 allie cette robustesse à une compliance tangible et à des performances vives en montée est remarquable. C'est une ballerine qui fait du développé couché avec un pick-up.

Nous plongeons dans la forêt, l'altitude chèrement gagnée s'évaporant comme les économies familiales dans un casino de Las Vegas, avant qu'une bifurcation ne nous sauve de nous-mêmes et ne nous remette sur une trajectoire ascendante.

Après encore une demi-heure de montée, nous passons devant le centre du domaine de ski nordique du Val d'Azun et traversons le sommet de la montée routière du Col de Couraduque, littéralement à quelques mètres de la fin du bitume, deux mondes se frôlant, chacun ignorant l'autre. Puis c'est à nouveau une forte montée sur du hardpack raviné par la pluie. Après deux kilomètres, le ciel s'élargit, les arbres s'éloignent comme des amis de beau temps en période de crise, et un dernier virage vous offre la vue d'un point de rupture géographique.

La Forêt d'Arragnat s'étend entre deux gigantesques ondulations, remarquables par leur uniformité parallèle, exemple presque caricaturalement simple de la formation des montagnes par la collision des plaques tectoniques. Elles s'étirent d'est en ouest, s'élevant sur un kilomètre à la verticale. Nous avons parcouru la plus au sud des deux, remontant son versant sud, passant au sommet, longeant et remontant son versant nord, et nous pouvons maintenant voir l'endroit où la théorie du chaos a frappé la croûte terrestre de son poing et a restitué son ordre aléatoire à la nature.

Par le nord, la Vallée d'Ouzom divise les montagnes, créant un passage entre les Pyrénées et les plaines, d'une importance vitale pour les habitants – qu'ils tirent leur subsistance de la terre ou travaillent dans la ville de Pau à 40 km au nord – et pour la rivière Ouzom, qui formerait sans cela un lac colossal, mais qui ne semble pas avoir eu la puissance suffisante pour se frayer un chemin hors des sommets. Cela dit, une taupe pourrait faire beaucoup de fouilles en des dizaines de millions d'années. S'élevant au milieu de ce grand carrefour en T, les Pics de Bazès et de Navaillo ; bien en dessous, comme enfoncé dans un sol mou, se trouve la ville de Ferrières.

Moins spectaculaire que la vue mais plus alléchant, un petit panneau en bois indique « Col du Soulor, 10 km » et pointe vers une route de gravier qui contourne le flanc de la montagne. Cette vision nous donne un regain d'énergie que n'égalerait aucun gel énergétique, et nous nous y engageons, essayant de savourer à la fois le sentier rapide et la vue magnifique, mais incapables de faire les deux à la fois. Nous grimpons à nouveau, passant devant un refuge et un petit lac, conscients qu'il reste nettement moins de montagne au-dessus de nous. Et puis vient la grande révélation.

Le sentier tourne à gauche et soudain apparaît le spectacle saisissant du Cirque du Litor et du Col d'Aubisque, à trois kilomètres de là. Le col escarpé est clairement visible et en contrebas se trouve la montée routière du Col du Soulor, qui serpente depuis Ferrières. C'est comme une expérience de sortie de corps par rapport au vélo de route, qui paraît soudain si contraignant.

Le café au sommet est un repos bienvenu. D'autres cyclistes arrivant par la route semblent perplexes devant notre Lycra éclaboussé de boue. Il faut un deuxième café avant de nous sentir suffisamment revigorés, et nous repartons aussitôt sur les pistes de ski nordique, cette fois sur le versant sud sur quelques kilomètres avant de revirer vers le nord, franchissant le Col de Soum et longeant juste en dessous le sommet de la Crête de la Serre au point le plus élevé du parcours, à 1 540 m.

De là, nous parcourons la traversée en sens inverse, puis dévalons le raide hardpack jusqu'au Val d'Azun, cette fois en prenant à gauche sur le sentier qui part vers le nord et descend dans la forêt. Le terrain apparemment changeant se transforme en ardoise grise et meuble, qui paraît flottante et un peu instable après le hardpack, mais rapide et terriblement amusante. Le sentier rejoint la petite route du Col de Spandelles et il n'y a d'autre choix que de descendre sur le bitume.

Alors que le soleil se couche, que la température baisse et que les vivres sont épuisés, il reste juste le temps d'une courte escapade exploratoire dans la forêt sur le versant opposé de la vallée. Par pur hasard, nous tombons sur une superbe montée de 4 km, vidons les réservoirs à l'attaque et prenons mentalement note d'y passer une journée entière à explorer chaque sentier annexe.

Le gravel dans les Pyrénées est bien plus qu'une perle cachée ; c'est un filon riche qui n'attend qu'à être exploité. Le terrain a toujours été là, et nous avons désormais les vélos pour en libérer le potentiel. Un nouveau monde nous attend et notre exploration ne fait que commencer.

Si vous souhaitez découvrir les Pyrénées à vélo gravel par vous-même, rendez-vous sur www.escapetothepyrenees.com

Cadre : FiftyOne Steinès
Fourche : ENVE AR
Roues : Jantes ENVE G23, moyeux Chris King R45D CL
Groupe : Rotor Uno hydraulique
Pédalier : Rotor Aldhu, Q-Rings 50/34
Cintre : ENVE Aero Road Bar
Potence : ENVE Road Stem
Tige de selle : ENVE Seatpost
Selle : Selle San Marco Aspide Carbon FX
Pneus : Panaracer Gravel King SK 38 mm
Trousse à outils : 76projects Piggy